Depuis plus de trois ans, le Soudan (Nord-Est de l’Afrique) est dévasté par la guerre acharnée que se mènent depuis avril 2023 deux anciens putschistes militaires devenus rivaux, le général Abdel Fattah al-Burhan (chef des forces armées soudanaises) et Mohamed Hamdan Dogolo (chef des Forces de Soutien Rapide, une milice raciste et génocidaire ).
Leur lutte acharnée pour le pouvoir avec le soutien de leurs alliés étrangers est devenue une véritable guerre contre les civils qui plonge le pays dans une crise sans précédent : famines, déplacements de populations (8 à 10 millions sur une population de 51 millions), viols, tortures et massacres de masse (300 000 ? 400 000? morts), nouveau génocide au Darfour.. Cela pourrait vous paraître bien distant… Et pourtant ! Vous êtes, vous aussi, concerné·e·s !
À près de 5000 km du conflit, à seulement une dizaine de kilomètres du centre de Lyon, se trouve dans la commune de Limonest le siège d’une entreprise locale : Metravib Defence. Et… Il s’avère que celle-ci développe et commercialise du matériel militaire actuellement utilisé dans les affrontements qui ravagent ce vaste pays d’Afrique.
Qui aurait pu croire qu’un « producteur du cru » puisse se targuer de fournir du matériel de guerre directement utilisé par des milices brutales et sanguinaires, dans l’un des conflits armés les plus dévastateurs des dernières décennies ? Et ce, en dépit de l’embargo sur toute exportation d’armes à destination du Soudan et de sa province du Darfour ?
Du matériel militaire « bien de chez nous »
Metravib est une filiale du groupe ACOEM, une société spécialisée dans la conception et le développement de produits informatiques et électroniques. Elle fabrique de l’instrumentation scientifique et technique, notamment pour l’ingénierie acoustique et vibratoire, à destination de l’industrie civile et de surveillance de l’environnement.
Mais puisque la guerre est un marché toujours plus juteux, le groupe s’est lancé parallèlement dans la production d’équipement pour le marché de la « Défense ». Doux euphémisme ! Du matériel destiné aux conflits militaires : pour la « défense », oui, mais celle des intérêts des milices et armées qui l’utilisent, contre les populations qui la subissent…
METRAVIB a les oreilles qui sifflent…
Metravib Defence a, entre autres, développé un système appelé « Pilar ». Il s’agit d’une tourelle à quatre ergots équipés de microphones. Elle permet la détection et l’analyse acoustique de tirs d’armes à feu ou de déflagrations, afin d’en localiser la provenance. Le système communique ensuite en temps réel la position de la source — la « menace » — à une variété de systèmes connectés pour « répondre » (cad tirer) à la menace.
En tant que tel, ce système de détection acoustique pourrait paraître « bénin ». Monté sur trépied, il serait soi-disant conçu pour « protéger les sites sensibles, les camps de réfugiés, et les bases humanitaires de tirs de snipers ». Il n’y a toutefois rien d’humanitaire dans son application : elle est résolument militaire. De fait, ce dispositif est surtout destiné à être monté sur un véhicule blindé ou de reconnaissance — notamment ceux de l’armée de terre française et de la gendarmerie nationale (les Centaure) qui en furent les premiers bénéficiaires. La gendarmerie a utilisé ses Centaure pour réprimer dans le sang la révolte de 2024 en Kanaky.
Partenaires pour le meilleur… mais surtout pour le pire
En 2021, Metravib s’est associé avec l’armurier toulousain Lacroix Défense, en collaboration avec le géant Nexter (KNDS), pour renforcer le système « de défense » GALIX. Celui-ci tire des leurres, des grenades fumigènes ou encore des munitions « à létalité réduite » pour « protéger » un véhicule contre une « attaque ». Connecté aux « oreilles » de Metravib, ce système « d’autodéfense » permettrait de déclencher une riposte, contribuant ainsi « à offrir une meilleure survivabilité pour le véhicule et son équipage ». On ne peut surement pas en dire autant des populations civiles qui en sont malheureusement la cible !
Du « terroir limonois » en Turquie et au Soudan
Le système de Metravib avait déjà équipé des blindés légers de l’armée turque, notamment utilisés en 2016 dans la répression des populations kurdes en Turquie et dans le Nord de la Syrie. En 2019, c’est le système GALLIX qui avait été utilisé lors de la répression sanglante d’une manifestation à Khartoum, au Soudan. Aujourd’hui, il est désormais avéré que le système Pilar de Metravib a été installé sur des véhicules blindés émiratis utilisés sur le champ de bataille au Soudan par les FSR, la brutale milice paramilitaire en guerre avec l’armée officielle.
Récemment, le Progrès a publié un article élogieux sur ce fleuron technologique français à l’occasion du passage à Lyon de la Sinistre déléguée aux Armées, Alice Ruffo qui leur a rendu visite. (Le Progrès du 31 janvier 2026). La sous-Sinistre a « assuré que le leader mondial en détection acoustique serait soutenu par « le Ministère des Armées » [ on s’en doutait un peu] dans le cadre de développement de programmes qui permettent d’avancer et de modernier le combat terrestre.«
L’État français, complice et coupable !
Les solutions militaires de Metravib ne sont pas le produit d’un simple « marché privé » : l’armée française a directement participé au financement de leur conception. En effet, les technologies d’analyse balistique de l’entreprise auraient été précisément réalisées sur commande de la Direction Générale pour l’Armement (DGA) et de la Section Technique de l’Armée de Terre (STAT) pour répondre aux besoins du programme « Scorpion » de modernisation de l’armée française.
Mais… alors que l’entreprise devrait justement être soumise à des règles d’exportation très strictes, sous regard de la DGA et du Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale (SGDSN), ses produits se retrouvent donc commercialisés à des forces armées responsables de crimes de guerre… soit, avec l’accord tacite de l’État français !
Pire, l’UE et l’ONU imposent pourtant un embargo sur les armes à destination du Soudan, interdisant la vente, la fourniture, le transfert et l’exportation de tout équipement militaire (armes, munitions, véhicules, etc.). Quand bien même, par le truchement des accords commerciaux entre Lacroix et les Émirats arabes unis, en totale violation du droit international comme national, Metravib parvient à contourner toutes les restrictions pour développer son système sur le territoire soudanais via des exportations émiraties de matériel de guerre destiné aux FSR.
Métravib : business as usual avec le Ministère des Armées
Récemment, le Progrès a publié un article élogieux sur ce fleuron technologique français à l’occasion du passage à Lyon de la Sinistre déléguée aux Armées, Alice Ruffo qui leur a rendu visite. (Le Progrès du 31 janvier 2026). La sous-Sinistre a « assuré que le leader mondial en détection acoustique serait soutenu par « le Ministère des Armées » [ on s’en doutait un peu] dans le cadre de développement de programmes qui permettent d’avancer et de modernier le combat terrestre.«
Avec un sourire aussi satisfait que carnassier – et après avoir regretté – hypocritement (?) – que » le domaine est malheureusement porteur « , le PDG Fabien Condemine vante ses produits vendus dans 45 pays et se félicite du fait que » Tant que l’État français, c’est le cas aujourd’hui, arrive à m’aider dans mon développement et à m’encourager dans mon innovation, je n’ai aucune raison de partir à l’étranger. » C’est à ce type de déclarations que l’on reconnait que les patrons français n’ont qu’une patrie, celle du pognon , un seul drapeau celui du sang de leurs victimes.
Dénonçons la fabrication « locale » de la mort et ses marchands !
Alors que le conflit soudanais a muté en génocide, que la crise humanitaire qu’il provoque prend des proportions catastrophiques, l’implication cynique, complice et coupable d’une entreprise locale nous paraît intolérable, a fortiori avec la connivence de l’armée et de l’État français !
Il faut dénoncer inlassablement la commercialisation des technologies militaires de Metravib aux armées d’États criminels, génocidaires et prédateurs (notamment les Émirats arabes unis), tout comme la complaisance de l’entreprise quant à leur usage avéré dans les affrontements qui ravagent actuellement le Soudan. Osons le dire : l’entreprise Metravib a du sang sur les mains ! Une ancienne affiche de la CRAAM dénonçait déjà leurs pratiques. On peut la télécharger ici.
Le tract résumant cet article est disponible ici pour diffusion.
Et, ce flot de sang conduit directement au lobby criminel régional des PME/PMI régionales de l’armement réunies par la volonté de la DGA (Direction Générale de l’Armement) et de la Chambre de Commerce et le l’industrie de Lyon au sein du cluster EDEN (plus de 200 entreprises partout en France) Le cluster a récemment rejoint le Hub des Sécurités créé par la CCI à Écully. Voir ici la brochure consacrée à ces tristes sires.
La guerre se fabrique près de chez nous et nous refusons d’être complices !
À la CRAAM (Coordination Régionale Anti-Armement et Militarisme), nous dénonçons et luttons activement contre ces industries locales qui se compromettent ici-même dans la production de matériel militaire, pour s’enrichir des énormes profits qu’elles tirent des trop nombreux conflits qui ravagent le monde — au détriment des populations qu’elles assassinent, des territoires qu’elles dévastent, des écosystèmes qu’elles ravagent et des ressources qu’elles pillent.